Ce que l’échec en science nous apprend, selon le Dr Tom Hudson
Pourquoi la science est un sport d’équipe et l'échec n’est pas nécessairement un mal, selon le Dr. Tom Hudson, Directeur scientifique AbbVie.

Paroles de collaborateurs  -  Science et médecine

Pourquoi la science est un sport d’équipe et l'échec n’est pas nécessairement un mal, selon le Dr. Tom Hudson, Directeur scientifique AbbVie.

AbbVie

Origines du leader scientifique d’AbbVie

Chez AbbVie, il n’y a qu’un Dr. Tom Hudson, et c’est le nouveau Senior Vice President de la R&D et Directeur scientifique.

Mais en 1996, au McGill University Health Centre, il y avait quatre Dr. Hudson : Tom, nouveau membre du corps enseignant, et trois de ses sœurs, médecins résidents en Médecine interne, Rhumatologie et Santé publique. Tous au même moment, dans le même hôpital.

« Quand on bipait le Dr. Hudson, il en arrivait plusieurs », se rappelle avec amusement Tom Hudson, qui a six sœurs, dont une sœur jumelle, toutes attirées par des professions scientifiques, principalement dans le domaine de la santé. « Il n’y avait pas de pression pour suivre cette voie. Mon père était un scientifique et nous avons toujours été encouragés à être curieux et à faire un métier qui avait du sens pour nous. »

Le Dr. Hudson est resté curieux. Spécialiste canadien du génome et pionnier de la cartographie du génome humain, ses travaux sont reconnus dans le monde entier. Avant cela, il était médecin, spécialiste des maladies d’origine immunitaire, attiré ensuite par la recherche sur le génome et les facteurs génétiques à l’origine de maladies chez l’Homme, en particulier dans le cancer. Encore avant, il était « le jumeau de Patricia » ou « le frère de Marie » qui, enfant, voulait devenir astronaute mais était également assez doué pour rafler des prix aux concours scientifiques.

Le Dr. Hudson amène avec lui toutes ces expériences chaque jour lorsqu’il passe la porte de son bureau chez AbbVie. Nous l'avons rencontré pour voir comment ces expériences antérieures influencent son rôle à la tête de la R&D d’AbbVie. Comment exploite-t-il les capacités de réflexion de près de 9 000 brillants scientifiques dans le monde entier pour essayer de trouver de nouveaux traitements pour améliorer la prise en charge des patients ?


Vous-même et vos six sœurs avez tous choisi la science ou la santé.
Est-ce que vos parents vous ont encouragé à faire carrière dans des domaines scientifiques ?


Pas vraiment, on était autant intéressés par la science que par la musique. Je jouais du violon, de la contrebasse et du cor d’harmonie. En grandissant, on parlait à la fois en anglais et en français et encore maintenant, quand on est tous ensemble, on commence une histoire en anglais et on la finit en français. C’est ce que je souhaite pour mes cinq enfants de 15 à 30 ans, qu’ils sachent que je serai fier quel que soit le métier qu’ils choisissent.

Avant de rejoindre AbbVie, vous avez été médecin et chercheur.
Quelle est l’influence de ces expériences sur votre rôle de Directeur scientifique aujourd’hui ?


Même quand j’étais médecin, j’étais déjà chercheur. D’autres confrères m’appelaient ou venaient me voir pour parler de « cas énigmatiques », des cas difficiles que personne n’arrivait à résoudre. La science, la maladie et le fonctionnement de l’organisme, tout cela est très complexe et, bien souvent, il n’y a pas de réponse ou de diagnostic évidents. J’aime aller au fond des choses et trouver des réponses. Lorsque je dirigeais l’Ontario Institute for Cancer Research, je travaillais en étroite collaboration avec des cliniciens mais je voulais à tout prix passer à l'étape suivante et mettre au point de nouveaux traitements pour les patients.

Est-ce que c’est cela qui vous a conduit chez AbbVie ?

Lorsque j'ai rejoint AbbVie en 2016, je supervisais la recherche et le développement précoce en oncologie ; je travaillais avec des équipes étudiant des mutations génétiques spécifiques et d'autres anomalies moléculaires au sein de la tumeur d’un individu pour identifier, cibler et développer des traitements pour de nombreux types de cancers. Je voulais prendre part à toutes les étapes du processus, au-delà de la phase de découverte, et suivre le développement d’une thérapie innovante depuis ses essais cliniques de phase 1 jusqu’à sa mise à disposition des professionnels de santé et des patients Quand j’étais médecin, j’aidais les patients un par un, et quand j'étais chercheur, je les aidais par groupes. Chez AbbVie, nous travaillons pour aider des milliers, voire des millions de patients en changeant la façon dont les maladies sont traitées. Pour moi, il n’existe pas de travail plus stimulant ou plus gratifiant. C’est en cherchant les réponses aux grandes questions que l’on vient en aide aux patients.
 

Citation AbbVie

Tom Hudson a été à la tête d’une équipe qui a construit le « Genomatron », qui a réalisé 300 000 réactions de polymérisation en chaîne par jour et permis au projet de cartographie du génome humain de passer à la vitesse supérieure.



En sciences, qui est votre héros ?
 

Il y a une personne qui sort du lot : Eric Lander, un mathématicien et généticien, directeur fondateur du Broad Institute of MIT and Harvard. Il m'a appris à penser en grand. J'ai rejoint son laboratoire en post-doc ; je supervisais une équipe d’ingénieurs, de biologistes et d’informaticiens qui a construit l’un des premiers robots à haut débit pour la réplication de courts segments d’ADN. Le « Genomatron », qui a réalisé 300 000 réactions de polymérisation en chaîne par jour, a permis au projet de cartographie du génome humain de passer à la vitesse supérieure. 

Au début des années 1990, entreprendre de séquencer pour la première fois le génome humain devait sembler un projet titanesque.

J'étais le chef de projet pour la cartographie physique du génome humain et j’ai plus tard mis au point plusieurs approches et technologies utilisées pour identifier les gènes responsables de maladies. Lorsque nous avons entrepris pour la première fois de séquencer les 3 milliards de paires de nucléotides de l’ADN humain qui composent le génome humain, nous n'avions aucune idée de comment y parvenir. On a dû trouver comment agencer les pièces du puzzle. Pour tous les robots opérationnels qui ont fonctionné, il y en a eu beaucoup d’autres qui n’ont pas abouti. Et pourtant, ces travaux de recherche révolutionnaires ont permis la découverte de plus de 2 000 tests génétiques pour des maladies humaines.

Pour vous, les scientifiques sont un peu des détectives et des explorateurs?

Les plus grandes avancées se produisent lorsqu’un scientifique ou un groupe de scientifiques essaie quelque chose qui n’a jamais été tenté auparavant. Il y a des indices qui nous disent ce qui pourrait constituer une bonne cible et souvent c’est la génétique qui nous oriente dans la bonne direction. Chez AbbVie, nous disposons des dernières technologies et plateformes, et de leaders qui nous montrent la direction à suivre. Par exemple, nous avons le Genomic Research Center, où des équipes travaillent pour traduire l’information génétique en traitements plus personnalisés. Dans notre Development Design Lab, nous utilisons des millions de sources de données internes et externes pour sélectionner les centres les plus performants pour nos études et raccourcir nos délais.

La science est réellement un sport d'équipe et c’est ça qui est motivant. Des échecs permettent parfois de grandes avancées et cela doit être un appel à remettre en cause notre vision de l’échec. Lorsque nous réalisons des essais cliniques, ce que nous essayons de faire, c’est de prouver qu’un certain schéma thérapeutique est meilleur qu’un autre pour les patients : est-ce que A est mieux que B ? Pourtant, ce qu’il est parfois plus important de comprendre, c’est le pourquoi : pourquoi A est mieux que B ? Nous prélevons beaucoup d'échantillons chez les patients tout au long d’un essai clinique, ce qui nous permet de mieux comprendre l’activité d’un traitement au cours de l’essai. Et très souvent, c’est ce type d’information qui nous dit que l’étude ne fonctionne pas. Nous avons intégré beaucoup de recherche translationnelle et de biomarqueurs au sein de nos travaux et, si on n’observe pas la validation du mécanisme, nous savons faire preuve du discernement nécessaire pour mettre fin à l’essai et creuser plus en profondeur pour déterminer pourquoi quelque chose n'a pas fonctionné. Cela nous permet de faire un usage plus efficace de notre temps et de nos ressources. Je suis convaincu que, si vous pouvez apprendre quelque chose d'un échec, ce n’est pas une perte.
 

Citation AbbVie

 

En-dehors du bureau, Tom passe beaucoup de temps avec sa femme et ses enfants. « La vie bat son plein », déclare-t-il. « Je ne veux pas passer à côté de l’essentiel ».


Qu'il s'agisse de médecine personnalisée, de recherche en génomique, de thérapie génique ou d’intelligence artificielle, il y a beaucoup de sujets brûlants en R&D à l’heure actuelle.

Pour vous, quel est le domaine qui recèle le plus fort potentiel pour les patients ?

J’ai appris qu’aucune approche ou technologie ne peut être transformative toute seule. Quand l’impact de nouvelles thérapies est démontré, c’est généralement qu’il y a eu une convergence d’idées, de technologies, de disciplines et de travail acharné qui ont produit ensemble des résultats significatifs pour les patients. Les ingrédients les plus importants et porteurs de résultats fructueux dans la recherche biomédicale sont l’engagement profond des individus et la force du travail d'équipe.

À quoi ressemble votre vie en-dehors du bureau ?

Je suis un lecteur avide de science-fiction. J'ai lu la trilogie du Seigneur des Anneaux un nombre de fois incalculable et, avec le temps, j'ai aimé découvrir de nouveaux auteurs. Je passe beaucoup de temps en famille et j'aime les longues balades à vélo et voir le monde qui nous entoure. J’emmène mon téléphone avec moi lors de ces promenades mais seulement pour prendre des photos.

La vie bat son plein. Je ne veux pas passer à côté de l’essentiel.